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La séparation de Chaliers et de Loubaresse :

 

La séparation de Loubaresse de la commune de Chaliers a été une longue lutte, douloureuse, que ce soit entre les habitants des différents villages, les élus et même les familles. Elle a été proclamée le 3 février 1878 dans un décret signé par MAC MAHON, président de la république à l’époque. Elle avait été refusée une première fois par le ministre de l’intérieur de 1852. Cependant, il existait dès 1830, une annexe de l’état civil et une section électorale mais aussi une église à Loubaresse utilisée dès le 15 août 1786.

 

Il faut dire qu au 18ème siècle, la topographie de la paroisse de Chaliers, scindée en deux par les gorges profondes dela Truyère, sa superficie considérable et le vœu formulé depuis quelque temps par une majorité des habitants de Loubaresse et des villages situés sur la rive gauche de la rivière, allaient engendrer la discorde. Le 17 février 1767, l’évêque de Saint-Flour recevait une requête adressée par « les syndics de la commission du Balas » avec à leur tête, J-B TORETTE, marchand de Loubaresse et J. CROZAT de Charmensac. Le « balat » était en patois le terme employé pour désigner un large fossé, en l’occurrence ici celui creusé parla Truyère.

 

Certes, ils ne réclamaient pas la création d’une paroisse nouvelle détachée de celle de Chaliers mais seulement l’autorisation de construire une église à Loubaresse. Leur demande était solidement motivée : « le nombre des communiants de la section est considérable, 586 au total et les communications avec Chaliers sont très difficiles, voire impossibles une grande partie de l’année». En effet, la rivière n’est jamais guéable et les deux passerelles qui l’enjambent à l’époque, sont souvent emportées par les eaux. Des paroissiens se sont noyés ou blessés en chutant dans la rivière et «les vieillards, les femmes grosses et les enfants ne peuvent assister aux offices.» C’était bien un « balat », un fossé quasi infranchissable au propre comme au figuré qui s’était creusé entre les paroissiens de Chaliers, selon qu’ils demeuraient sur l’une ou l’autre des berges dela Truyère.

Avant qu’elle ne fût transmise à l’évêque,  M. de BALLANVILLIERS,  l’intendant d’Auvergne, avait homologué leur requête accompagnée des résultats de la consultation des habitants très favorables au démembrement. Muni de tous ces renseignements, Mgr Paul DE RIBEYRE se déclara convaincu de la justesse de la demande et, par décret du 1er février 1770, autorisa les syndics à bâtir l’église tant attendue avec son cimetière,d’autant plus aisément, que J-B TORETTE offrait le terrain nécessaire...Sans doute le prélat n’était-il pas mécontent de jouer un bon tour à l’abbé deLa Chaise-Dieu qui empiétait sur son diocèse. Il y eut même un procès pour obliger les Bénédictins deLa Chaise-Dieu (après la révolution) à rembourser en grande partie les frais avancés pour la construction de l’édifice.

 

Le 15 août 1786, jour de l’Assomption, l’église Notre Dame de Loubaresse fut solennellement bénie par le vicaire général, M. TAILLAND.

Ainsi s’acheva le premier épisode d’une mini-guerre de sécession entre Chaliers et Loubaresse mais qui allait se réveiller près d’un siècle plus tard.

 

Voici ce que nous transmet Jean JOUVE, un ancien de Loubaresse qui a fait appel à sa mémoire et à ce qu’on a pu lui raconter quant à un épisode de la scission de la commune.

 

En cette année mille huit cent et quelque chose des élections furent organisées à l’occasion d’on ne sait plus quelle consultation...

 

Le maire de Chaliers qui était alors M. PARAN, était un chaud partisan de la scission puisqu’il habitaitLa Baraquede Boudounet, sur la rive gauche deLa Truyère.Songarde champêtre, M. JOUVE, exerçait aussi le métier d’aubergiste à Loubaresse, auberge dont, selon la rumeur, il était l’un des meilleurs clients !

 

Les élections se déroulèrent donc le plus sérieusement du monde à la section de Loubaresse ce dimanche de mars, surveillées par le maire et le garde-champêtre, ponctuées de nombreux déplacements de l’un ou de l’autre du bureau de vote à l’auberge. Il faut bien soigner son électorat si l’on veut garder les rênes de la commune.

 

Le dépouillement  terminé, il fallait ramener l’urne sacrée à Chaliers ce qui n’était pas une mince affaire. Le garde-champêtre portant l’urne à bout de bras comme le prêtre élève le Saint Sacrement lors de la procession dela Fête-Dieu, nos deux compères prirent donc le chemin du chef-lieu sachant qu’il faudrait franchir coûte que coûte l’obstacle deLa Truyère.

 

Impossible de descendre à la passerelle de Valadour emportée par les eaux lors d’une crue précédente, il n’existait pas d’autre pont etLa Truyèreétait gonflée par les fortes pluies de mars.

Pas question non plus d’emprunter le bac mis gracieusement à disposition des habitants par M. le comte de LONGEVIALLE, cet empêcheur de tourner en rond, farouchement opposé à la séparation en deux parties de la commune.

 

Il fallut donc se résoudre à traverser la rivière en furie à l’endroit qui de « gué », n’avait plus que le nom, le garde juché sur les épaules du maire et portant fermement l’urne sacrée  sur sa tête.

 

Tout se déroula tant bien que mal jusqu’au milieu de la rivière où... une idée de génie lui traversa-t-elle subitement l’esprit ?...le maire s’écria dans la langue du pays : « Dis, Simon, si on faisait une pause ?! » Est-ce l’effet de poser le pied sur une pierre un peu plus lisse que les autres, est-ce la puissance des eaux ou celui de l’idée subversive du maire qui donna l’impulsion ?...Tous deux basculèrent cul par-dessus et s’affalèrent dans le lit du torrent.

Emportés par la furie des eaux, cognant de pierre en pierre, échappant à la noyade plusieurs fois, nos deux amis, propulsés par un instinct de survie remarquable rejoignirent en se débattant tant et plus la rive droite et s’écroulèrent épuisés dans l’herbe.

Lorsqu’ils reprirent leurs esprits, ils constatèrent les dégâts : ils saignaient de toutes parts, les vêtements étaient trempés et déchirés, ils avaient perdu leurs chapeaux mais surtout...Plus d’urne au bout des bras du garde-champêtre !

 

Tout en montant péniblement « la rampe de Roubelou » qui mène au village de Chaliers, ils songeaient qu’il allait falloir maintenant expliquer ce qui s’était passé...et rester crédibles...

 

A la mairie, tout le conseil municipal était présent en attente du maire et des votes du bureau de Loubaresse pour proclamer les résultats de la consultation. Quelle ne fut pas leur stupeur de voir arriver deux silhouettes tremblantes, déguenillées, dégoulinantes et sanguinolentes en qui ils reconnurent bien vite leur maire et leur garde-champêtre.

Il fallut les frictionner, les réchauffer à l’intérieur et à l’extérieur pendant longtemps, leur fournir des vêtements secs avant de pouvoir leur tirer les vers du nez.

 

« Mais enfin, que vous est-il arrivé ?

-          Nous avons été attaqués par des brigands qui ont cru que l’urne contenait quelque chose de précieux. Ils l’ont brisée et voyant qu’elle ne contenait que du papier, de rage, ils nous ont frappés et jetés àLa Truyère. On a fait semblant de se noyer et on a traversé comme on a pu sinon, ils nous auraient peut-être tués. »

 

Est-ce que ce petit drame a été déterminant pour la séparation ?...Certains le prétendent encore du côté de Loubaresse...

 

La passerelle suspendue de Valadour:

 

Cette passerelle suspendue permet de franchir la Truyère coté cimetière. Elle se trouve juste au pied du promontoire rocheux du Château de Corbière Vieux. Lorsque le barrage est plein, l’eau arrive à quelques mètres de la passerelle. Lorsque le barrage est bas, les berges de la Truyère redeviennent le paradis des vaches!

 

 

La passerelle était très utilisée quand Loubaresse faisait partie de la commune de Chaliers. Elle offrait notamment un raccourcie non négligeable au personnes de Chambaron et Valadour qui se rendaient à l’école et à la messe à Chaliers. Aujourd’hui elle fait le bonheur des marcheurs.

 




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